Révision mondiale de la situation de l'égalité des femmes

Les groupes canadiens demandent une plus grande responsabilisation des gouvernements

Pendant la conférence mondiale actuellement en cours à l'ONU, à laquelle participent cent quatre-vingt-huit pays et des milliers de femmes, plus de 25 groupes de femmes font part de leurs opinions sur les progrès du Canada relativement au programme international d'action pour l'égalité des femmes signé il y a dix ans à Beijing.
L'Alliance canadienne féministe pour l'action internationale (AFAI) est une coalition de groupes de femmes et de droits de la personne qui
surveille les actions du Canada quant à ses engagements
internationaux envers les femmes. L'AFAI a présenté plusieurs
rapports aux Nations Unies (ONU) sur la condition des femmes canadiennes aux paliers national et régionaux.
Ces conclusions ont été résumées dans plusieurs rapports internationaux dont: 
·Une décennie de reculs: Le Canada de l'après-Beijing - Réponse au Questionnaire des Nations Unies sur la mise en oeuvre du Programme d'action de Beijing (1995) et des textes issus de la vingt-troisième session extraordinaire de l'Assemblée générale (2000)  http://www.fafia-afai.org/fproj/b10/b10_0105.php
·L'engagement du Canada envers l'égalité: Une analyse des sexospécificités des dix derniers budgets fédéraux (1995- 2004)
http://www.fafia-afai.org/fproj/gb/comeq.php
·Beijing Betrayed - sur le respect des engagements pris à Beijing par divers pays. Le chapitre sur le Canada, rédigé par l'AFAI, se concentre sur les réalités des femmes autochtones canadiennes
http://www.wedo.org/files/gmr_pdfs/gmr2005_euna.pdf)

 

Certains des points clés de ces rapports sont:

Le niveau de pauvreté s'est accru pour plusieurs canadiennes

Tandis que les taux de pauvreté de certaines canadiennes ont connu une relative amélioration au cours des dix dernières années, pour de nombreux groupes de femmes, ces taux ne se sont pas améliorés ou se sont détériorés, et ce, malgré la solide performance économique du Canada au cours des huit dernières années.
·En 2002 (l'année des plus récentes statistiques), 51,6 % des femmes monoparentales, 41,5% des femmes seules de plus de 65 ans et 35% des femmes seules de moins de 65 ans vivaient sous le seuil de pauvreté. Les taux de pauvreté pour les hommes seuls sont significativement moins élevés.
·Les revenus de l'aide sociale se situent bien au-dessous du seuil de pauvreté dans toutes les provinces et tous les territoires. Le Conseil national du bien-être social a conclu, dans son rapport Revenus de bien-être social, 2003 : « Des revenus si faibles qu'ils atteignent seulement le cinquième ou le tiers du seuil de pauvreté sont inacceptables; ils devraient être augmentés le plus tôt possible. De si maigres revenus ne peuvent être considérés autrement que comme une forme de punition corporelle. »

Les dix derniers budgets fédéraux ont ignoré la plupart des réalités des femmes

En 1995, des gouvernements de par le monde se sont engagés à incorporer les perspectives de genres dans la conception, l'élaboration, l'adoption et la mise en oeuvre des processus budgétaires. L'Afrique du Sud, la France et la Suède sont en train de créer des budgets qui tiennent compte des réalités différentes des femmes et des hommes. Le Canada ne l'a pas encore fait
Malgré l'adoption en 1995 de l'analyse comparative entre les sexes dans 10 ministères du gouvernement fédéral, l'ACS n'a pas encore été mise en oeuvre dans les budgets fédéraux canadiens.
Une analyse des budgets des 10 dernières années (1995-2004) rédigée par Armine Yalnizyan, économiste lauréate, et publié par l'AFAI en février 2005, a révélé que les choix fiscaux fédéraux n'ont pas vraiment amélioré la sécurité économique de la plupart des femmes. Ce rapport indique aussi que les énormes réductions des dépenses avaient indûment nui aux femmes durant l'ère du déficit (1995-1997) et que les intérêts des femmes ont largement été ignorés depuis qu'Ottawa a commencé à engranger des surplus (depuis 1998).

Les droits des femmes autochtones sont ignorés dans des secteurs critiques au Canada

Les femmes autochtones ne jouissent pas de la même protection, selon la loi et dans le système juridique, que les femmes non autochtones.

 

Les femmes autochtones vivant à l'intérieur des réserves n'ont pas les mêmes droits que les autres femmes relativement aux biens matrimoniaux. Elles ne peuvent pas non plus se placer sous la protection de la loi sur les droits de la personne et s'en servir pour se défendre et obtenir satisfaction quand elles sont victimes de discrimination de la part des conseils ou des chefs de bande.
 
Amnistie internationale a signalé, en 2004, que les disparitions et les assassinats de 500 femmes autochtones sont passé largement inaperçus et n'ont pas été élucidés au cours des 20 dernières années. La plupart de ces femmes ont probablement été victimes de violence de genre racisée, dont le viol.

 

La représentation politique des femmes dans les assemblées élues demeure faible

Le Canada se classe au 34e rang mondial pour la représentation politique des femmes, malgré son engagement de prendre des mesures proactives pour assurer des niveaux plus élevés de participation des femmes dans les assemblées élues.

 

·Dans l'ensemble du pays, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral en 1993, la participation des femmes stagne à 21% et ne montre pas de signe d'augmentation. Les représentations provinciales et territoriales des femmes vont de seulement 11% en Nouvelle-Écosse à 32% au Québec.
·Par contre, les données de l'Union interparlementaire indiquent que, grâce à l'action gouvernementale, y compris l'introduction de quotas et de mesures incitatives par les partis, le Rwanda a un pourcentage de 48 % de femmes élues dans son Parlement national, la Suède est à 45,3%, le Costa Rica à 35% et l'Argentine à 33,7%.

 

L'accès à la justice des canadiennes s'est détérioré.

Malgré la reconnaissance par les gouvernements, en 1995, que l'aide juridique est essentielle aux droits des femmes, le Canada ne garantit plus leur accès à l'aide juridique.
Alors que le gouvernement fédéral accorde un financement spécifique visant la prestation provinciale de services d'aide juridique en matière pénale (ce dont profitent surtout les hommes), en 1995, il a explicitement cessé de financer l'aider juridique.
Il est largement compris que les besoins d'aide juridique se situent de façon disproportionnée dans les domaines du droit civil et du droit de la famille en raison des faibles taux d'activité criminelle des femmes.
Les résultats d'un accès inadéquat à l'aide juridique ont été documentés. Par exemple, les femmes vivant des relations de violence demeurent dans des conditions dangereuses. Les immigrantes dont le parrainage est retiré par le conjoint (souvent un conjoint violent) se voient refuser l'aide juridique pour procéder à une demande visant à modifier les modalités de leur statut d'immigrante et, en conséquence, sont souvent déportées.